The Architecture Of Necessity
- Noble D. LeMoore
- Mar 20
- 7 min read
*Les critiques de l'Islam dans le dialogue nient en aucun point sa valeur et sa nécessité pour l'élévation spirituelle de notre espèce.
* NÉCESSAIRE
Dictionnaire Philosophique de Voltaire P.300-303
OSMIN
Ne dites-vous pas que tout est nécessaire?
SÉLIM
Si tout n'était pas nécessaire, il s'ensuivrait que Dieu aurait fait des choses inutiles.
OSMIN
C'est-à-dire qu'il était nécessaire à la nature divine qu'elle fit tout ce qu'elle a fait?
SÉLIM
Je le crois, ou du moins je le soupçonne. Il y a des geris qui pensent autrement; je ne les entends point; peut-être ont-ils raison. Je crains la dispute sur cette matière.
OSMIN
C'est aussi d'un autre nécessaire que je veux vous parler.
SÉLIM
Quoi donc? de ce qui est nécessaire à un honnête homme pour vivre? du malheur où l'on est réduit quand on manque du nécessaire?
OSMIN
Non; car ce qui est nécessaire à l'un ne l'est pas toujours à l'autre : il est nécessaire à un Indien d'avoir du riz, à un Anglais d'avoir de la viande; il faut une fourrure à un Russe, et une étoffe de gaze à un Africain; tel homme croit que aouze chevaux de carrosse lui sont nécessaires, tel autre se borne à une paire de souliers, tel autre marche gaiement pieds nus : je veux vous parler de ce qui est nécessaire à tous les hommes.
SÉLIM
Il me semble que Dieu a donné tout ce qu'il fallait à cette espèce : des yeux pour voir, des pieds pour marcher, une bouche pour manger, un œsophage pour avaler, un estomac pour digérer, une cervelle pour raisonner, des organes pour produire leurs semblables.
OSMIN
Comment donc arrive-t-il que des hommes naissent
privés d'une partie de ces choses nécessaires?
SÉLIM
C'est que les lois générales de la nature ont amené des accidents qui ont fait naître des monstres; mais en général l'homme est pourvu de tout ce qu'il lui faut pour vivre en société.
OSMIN
Y a-t-il des notions communes à tous les hommes, qui servent à les faire vivre en société?
SÉLIM
Oui. J'ai voyagé avec Paul-Lucas, et partout où j'ai passé, j'ai vu qu'on respectait son père et sa mère, qu'on se croyait obligé de tenir sa promesse, qu'on avait de la pitié pour les innocents opprimés, qu'on détestait la persé-cution, qu'on regardait la liberté de penser comme un droit de la nature, et les ennemis de cette liberté comme les ennemis du genre humain; ceux qui pensent différemment m'ont paru des créatures mal organisées, des monstres comme ceux qui sont nés sans yeux et sans mains.
OSMIN
Ces choses nécessaires le sont-elles en tout temps et en
tous lieux ?
SÉLIM
Oui; sans cela elles ne seraient pas nécessaires à l'espèce
humaine.
OSMIN
Ainsi une créance qui est nouvelle n'était pas nécessaire à cette espèce. Les hommes pouvaient très bien vivre en société et remplir leurs devoirs envers Dieu, avant de croire que Mahomet ait eu de fréquents entretiens avec l'ange Gabriel.
SÉLIM
Rien n'est plus évident : il serait ridicule de penser qu'on n'eût pu remplir ses devoirs d'homme avant que Mahomet fût venu au monde; il n'était point du tout nécessaire à l'espèce humaine de croire à l'Alcoran : le monde allait avant Mahomet tout comme il va aujourd'hui. Si le mahométisme avait été nécessaire au monde, il aurait existé dès le commencement du monde, il aurait existé en tous lieux; Dieu, qui nous a donné à tous des yeux pour voir son soleil, nous aurait donné à tous une intelligence pour voir la vérité de la religion musulmane. Cette secte n'est donc que comme les lois positives qui changent selon les temps et selon les lieux, comme les modes, comme les opinions des physiciens, qui se succèdent les unes aux autres.
La secte musulmane ne pouvait donc être essentiellement nécessaire à l'homme.
OSMIN
Mais puisqu'elle existe, Dieu l'a permise?
SÉLIM
Oui, comme il permet que le monde soit rempli de sottises, d'erreurs et de calamités. Ce n'est pas à dire que les hommes soient tous essentiellement faits pour être sots et malheureux. Il permet que quelques hommes soient mangés par les serpents; mais on ne peut pas dire : « Dieu a fait l'homme pour être mangé par des serpents. "
OSMIN
Qu'entendez-vous en disant : « Dieu permet »? rien peut-il arriver sans ses ordres? permettre, vouloir et faire, n'est-ce pas pour lui la même chose?
SÉLIM
Il permet le crime, mais il ne le fait pas.
OSMIN
Faire un crime, c'est agir contre la justice divine, c'est désobéir à Dieu. Or Dieu ne peut désobéir à lui-même, il ne peut commettre de crime; mais il a fait l'homme de façon que l'homme en commet beaucoup : d'où vient cela?
SÉLIM
Il y a des gens qui le savent, mais ce n'est pas moi.
Tout ce que je sais bien, c'est que l'Alcoran est ridicule, quoique de temps en temps il y ait d'assez bonnes choses.
Certainement l'Alcoran n'était point nécessaire à l'homme; je m'en tiens là : je vois clairement ce qui est faux, et je connais très peu ce qui est vrai.
OSMIN
Je croyais que vous m'instruiriez, et vous ne m'apprenez rien.
SÉLIM
N'est-ce pas beaucoup de connaître les gens qui vous trompent, et les erreurs grossières et dangereuses qu'ils vous débitent ?
OSMIN
J'aurais à me plaindre d'un médecin qui me ferait une exposition des plantes nuisibles, et qui ne m'en montrerait pas une salutaire.
SÉLIM
Je ne suis point médecin et vous n'êtes point malade; mais il me semble que je vous donnerais une fort bonne recette si je vous disais : « Défiez-vous de toutes les inventions des charlatans, adorez Dieu, soyez honnête homme, et croyez que deux et deux font quatre. "
PROVERBES
NÉCESSAIRE ET SUPERFLU
Proverbe Grec: Celui qui sait se passer du superflu est le plus proche des dieux.
(Socrate, v° s. av. J.-C. - Cité par Diogène Laërce, Phil. ill., II.)
Proverbe Latin: N'achetez pas ce qui est utile, mais ce qui est nécessaire.
(Caton le Censeur, il s. av. J.-C. - Cité par Sénèque, Lettres à Lucilius, XCIV.)
Proverbe Américain: Si vous achetez ce qui est superflu, vous vendrez bientôt ce qui est nécessaire.
(B. Franklin, Poor Richard's Almanac [1757].)
Proverbe Français: Le superflu, chose très nécessaire.
(Voltaire, Satires, « le Mondain », 22 [1736].) *Luxe
NÉCESSITÉ (ce qui oblige)
Proverbe Grec:
L'adresse est faible en face de la nécessité.
(Eschyle, Prométhée enchaîné, 514; v° s. av. J.-C.)
Il est trois despotes : la loi, l'usage, la nécessité.
(Ménandre, Fragments, Iv° s. av. J.-C.)
Proverbe Latin:
La nécessité fait du timide un brave.
(Salluste, Catilina, LVIlI [env. 40 av. J.-C.].)
Il faut faire de nécessité vertu.
(Saint Jérôme, Épîtres, LIV, 6 ; début du v° s.)
LATIN
LATIN MÉDIÉVAL
NÉCESSITÉ (ce dont on ne peut se passer)
Proverbe Grec: Le pouvoir habite près de la nécessité.
(Pythagore, les Vers d'or, 8; vi°s. av. J.-C.)
Proverbe Latin:
La nécessité ne sait que vaincre.
(Publilius Syrus, Sentences, les. av. J.-C.)
La nécessité donne la loi et ne la reçoit pas.
(Publilius Syrus, Sentences. - D'où le proverbe général : Nécessité n'a pas [ou :ne reconnaît pas] de loi.)
Proverbe Latin Médiéval:
La nécessité n'a pas de loi et c'est ainsi qu'elle excuse la dispense.
(Saint Bernard, Traité sur le précepte et la dispense, V: Xii°s.)
Nécessité n'a pas de jour férié.
Feriis caret necessitas.
Proverbe Anglais:
La nécessité est mère de l'invention.
(J. Swift, Gulliver's Travels, v [1726].)
→*Besoin.
NÉCESSAIRE
Contexte philosophique
Dans le dialogue extrait du Dictionnaire Philosophique de Voltaire, la notion de nécessité est explorée à travers une conversation entre Osmine et Sélim. Osmine questionne l'idée que tout est nécessaire, tandis que Sélim défend la position selon laquelle la création divine ne peut inclure que ce qui est nécessaire. Cette discussion soulève des questions sur la nature de Dieu, la nécessité des choses, et la diversité des besoins humains.
Les points clés du dialogue
Nécessité divine: Sélim affirme que si tout n'était pas nécessaire, cela impliquerait que Dieu aurait créé des choses inutiles. Il soutient que la nature divine exigeait la création de tout ce qui existe, bien que d'autres puissent avoir des opinions divergentes.
Nécessité humaine: Osmine élargit la discussion à ce qui est nécessaire pour vivre en société. Il souligne que les besoins varient d'un individu à l'autre, en fonction de leur culture et de leur environnement. Par exemple, un Indien peut avoir besoin de riz, tandis qu'un Anglais peut préférer la viande.
Accidents et monstres: Sélim explique que des individus peuvent naître sans certaines des caractéristiques nécessaires en raison d'accidents naturels, mais en général, l'homme est équipé pour vivre en société.
Notions communes: Sélim évoque des valeurs universelles, telles que le respect des parents et la promesse, qui sont essentielles pour la vie en société. Il soutient que ces notions sont nécessaires à tous les hommes, indépendamment de leur culture.
Relativité des croyances : Osmine fait remarquer que certaines croyances, comme celles liées à Mahomet, ne sont pas nécessaires à l'humanité. Sélim acquiesce, affirmant que la société pouvait fonctionner sans ces croyances, et que la religion musulmane, comme d'autres, est une construction humaine qui a évolué au fil du temps.
La permission divine : La discussion aborde également la question de la permission divine. Sélim explique que Dieu permet certaines erreurs et calamités, mais cela ne signifie pas qu'il les a créées. Il fait une distinction entre la permission et l'action divine.
Connaissance des erreurs** : Sélim conclut en affirmant qu'il est précieux de reconnaître les erreurs et les tromperies des autres, même s'il ne prétend pas détenir la vérité absolue.
Proverbes sur la nécessité
Le texte inclut également plusieurs proverbes qui illustrent la relation entre nécessité et superflu :
Proverbe Grec : "Celui qui sait se passer du superflu est le plus proche des dieux."
Proverbe Latin : "N'achetez pas ce qui est utile, mais ce qui est nécessaire."
Proverbe Américain: "Si vous achetez ce qui est superflu, vous vendrez bientôt ce qui est nécessaire."
Proverbe Français : "Le superflu, chose très nécessaire."
Ces proverbes soulignent l'importance de distinguer entre ce qui est réellement nécessaire et ce qui ne l'est pas, une thématique centrale dans la philosophie de Voltaire.
Conclusion
Le dialogue entre Osmine et Sélim dans le Dictionnaire Philosophique de Voltaire aborde des questions profondes sur la nécessité, tant au niveau divin qu'humain. Il met en lumière la diversité des besoins et des croyances, tout en soulignant l'importance de la raison et de la réflexion critique face aux dogmes et aux superstitions.




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